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Et si les solutions agricoles de demain venaient de la cellulose, un matériau naturel aujourd’hui sous-exploité ?

Ce projet est porté par Fatima Zahra Ahchouch, doctorante au GDEC et à l’Institut Pascal, qui souhaite transformer une biomasse végétale abondante en biostimulants 100 % biosourcés et biodégradables. Lauréate de Starthèse, programme national permettant aux jeunes chercheurs, doctorants ou docteurs d’expérimenter l’entrepreneuriat, nous l’avons interviewé pour vous en apprendre plus sur son projet et ses recherches !

Fatimazahra, félicitations pour ta récente distinction au concours Starthèse ! Peux-tu nous raconter ton parcours académique et ce qui t’a amené à te travailler sur ton projet actuel ?

J’ai commencé mes études au Maroc, avec une licence en biologie végétale, puis un master en sciences agroalimentaires en 2022. J’ai souhaité ensuite poursuivre avec une thèse, que j’ai pu mener en France sous la direction de Mme Jane Roche du GDEC, le laboratoire Génétique Diversité et Ecophysiologie des Céréales, et Mr Cédric Delattre de l’Institut Pascal.

J’ai souhaité travailler sur un sujet de thèse très différent de mon master, à savoir les biostimulants. L’idée de base est d’évaluer l’effet biostimulant de certains acides sur les cultures maraîchères. Je viens d’une région du Maroc très aride, la région d’Agadir. L’activité majeure de cette région est l’agriculture, mais malheureusement celle-ci connaît de très gros problèmes de réchauffement climatique et de stress hydrique. Aujourd’hui le développement de l’agriculture passe surtout par l’utilisation de fertilisants, donc d’intrants chimiques, dont les conséquences négatives sont bien connues. J’ai donc souhaité pousser ma recherche sur les biostimulants qui, à terme, pourraient représenter une solution beaucoup plus viable pour l’agriculture d’Agadir et dans le monde. Et finalement, je me suis posée la question : pourquoi ne pas aller plus loin, et valoriser mes recherches via la création d’une startup ?

Qu’est-ce qui a fait que tu as souhaité poursuivre tes études en France ?

L’idée de venir étudier en France m’est venue pendant la licence. Cependant le master que je souhaitais faire au Maroc était très intéressant, j’ai donc repoussé cette idée pour après mon master. Entre temps, mon sujet de thèse s’est précisé, et la France m’offrait les infrastructures, les encadrants de thèse idéaux pour mes recherches.

Ce qui m’a vraiment convaincu ici, c’est la qualité des formations et des infrastructures. Les laboratoires sont très bien équipés, les équipes et autres laboratoires sont disponibles, les formations sont reconnues au niveau national, et d’autres lauréats sont allés très loin dans la valorisation de leur sujet, en collaborant avec de très belles entreprises ou en montant leur startup avec succès… l’idéal pour mener mes recherches dans les meilleures conditions, et s’ouvrir aux plus d’opportunités possibles.

 Peux-tu nous vulgariser un peu ton sujet et nous dire quels ont été les principaux défis scientifiques et techniques rencontrés lors de tes recherches ?

Je vais faire durer un peu le suspense, car certaines étapes en sont encore au stade de l’étude, mais pour vulgariser, nous souhaitons valoriser une biomasse végétale très abondante, la cellulose pour en faire un biostimulant 100% biosourcé, biodégradable et eco-friendly.

Aujourd’hui, on estime à plus de 200 milliards de tonnes de cellulose qui est rejetée dans la nature et inutilisée. Des études ont déjà prouvé que la cellulose a des effets bloquants sur les pathogènes, et réduit ainsi les infections. Notre idée est donc le développement d’une solution applicable pour l’agriculture à base des celluloses. Nous en sommes encore aux prémices, les tests sur les différentes cultures n’ont pas encore été effectués.

Notre principal frein aujourd’hui, c’est la présence d’une concurrence assez forte. En effet les solutions biostimulantes sont un véritable enjeu pour l’agriculture, le domaine voit ainsi pas mal de solutions émerger qui vont dans ce sens. Ce sera à nous de définir un positionnement au niveau de notre plus-value, de nos coûts pour savoir être vraiment attractifs.

Après avoir fait le bootcamp Expl’AURA, tu es lauréate du concours Starthèse ! Qu’est-ce que ce concours va t’apporter pour la suite de ton projet ?

 En toute honnêteté, je ne pensais pas aller jusque-là ! D’abord le bootcamp Expl’AURA a été une super expérience pour affiner mon projet. A la base tout partait d’une simple réflexion « pourquoi ne pas en faire une startup ? », et finalement cela m’a permis de réfléchir à l’impact du projet, à la concurrence… Cela permet aussi de confronter son idée à d’autres porteurs, d’envisager d’autres pistes de développement, de se faire des contacts pour la suite.

Et puis le concours est une belle reconnaissance et une très bonne opportunité, notamment de pitcher et vulgariser son sujet, ce qui n’est pas évident. Cela me permet de sortir de ma zone de confort, du laboratoire et des encadrants qui sont un terrain familier, et de confronter ma personnalité à un nouveau challenge. Et finalement je suis très fière d’avoir relevé ce nouveau défi !

Comment vois-tu l’évolution de ton domaine dans les prochaines années ? Quelles sont les grandes tendances ou innovations qui, selon toi, le transformeront ?

C’est vrai qu’en 2025, le domaine de l’agriculture et des cultures maraîchère en général est en pleine mutation. De nombreuses solutions innovantes émergent déjà pour une agriculture plus durable, et afin de préserver la nature, la santé humaine, l’écosystème.

Les biostimulants sont une partie de ces solutions, complètement au cœur des débats, et ne sont pas aujourd’hui développées uniquement en biologie mais avec d’autres technologies.

Mon idéal serait que d’ici 2050, nous n’ayons plus de fertilisants, d’intrant chimique dans l’agriculture, ce serait vraiment une superbe perspective.

Comment envisages-tu l’intégration de ton projet dans le tissu économique local ? Quels partenariats ou collaborations envisages-tu pour maximiser l’impact de tes innovations ?

J’avoue avoir la chance de me trouver sur un territoire agricole en Auvergne, qui pourrait m’ouvrir pas mal d’opportunités lorsque nous pousserons le développement du projet.

J’aimerai notamment beaucoup travailler avec Vegepolys Valley, le pôle de compétitivité, qui connaît très bien les entreprises du végétal sur le territoire et pourrait nous permettre de trouver des partenaires.

Clermont Auvergne Innovation et Clermont Auvergne Pépite t’accompagne dans ton projet entrepreneurial. Quelles sont les prochaines étapes pour le développement de ton projet ?

Le projet en est encore à la phase amont en laboratoire et je suis en 2e année de thèse, donc ce sont encore les prémices, et je mène les deux en parallèle (recherche et entrepreneuriat). Nous devons encore valider les meilleures formulations, pour ensuite envisager des tests sur différentes cultures et sous différents modes de stress. L’avantage de cette région est la présence de cultures variées qui nous permettront de tester au maximum notre projet.

Et après avoir créé la startup sur Clermont-Ferrand bien sûr, nous souhaitons voir le projet passé d’un impact régional à un impact national, voire international ! Il faut être ambitieux !

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes chercheurs ou doctorants qui souhaitent allier recherche scientifique et entrepreneuriat ?

Honnêtement, le meilleur conseil pour moi, c’est OSEZ ! Il faut oser réfléchir à un projet d’entrepreneuriat, il faut oser s’inscrire au bootcamp pour pouvoir affiner son projet. Personnellement j’y pense depuis ma licence et je ne regrette rien. C’est un parcours fascinant et une réflexion très enrichissante.

Il faut profiter en étant jeune d’oser, de participer à tout. Les structures et formations sont nombreuses, et il ne faut pas dire non aux opportunités, ou aux collaborations. On y va, on teste, et ça passe ou ça casse. Mais c’est une vraie expérience de vie, et si vous souhaitez la vivre, il ne faut pas hésiter !